Un weekend alpin – Liechtenstein
- CoolinClassic

- 30 nov. 2025
- 7 min de lecture
Avril 2025

Si un petit territoire (européen) résiste encore à nos bottes, il n’a rien à voir avec le village des irréductibles Gaulois ! Il s’agit d’un pays où la richesse coule à flots, où le PIB par habitant est le double de celui de son voisin suisse… Est-ce vraiment possible ?! Dingue. En gare de Bercy, le Liechtenstein (Fürstentum Liechtenstein) paraît bien loin. Il nous faudra, tout d’abord, rejoindre Zurich, sixième centre bancaire mondial et « ville mondiale » de catégorie Alpha. Au petit matin, notre bus se gare à deux doigts de la Limmat, la rivière urbaine la plus propre d’Europe. Maghnia déniche un joli café, parfait pour le petit-déjeuner, en mode chocolat chaud suisse. Mon sac est plein de gâteaux, si jamais… Une balade nous fait découvrir le centre d’une ville, réputée pour être agréable à vivre. Depuis le pont du Quai, nous dominons le lac, long de 42 kilomètres. Derrière nous, l’église Fraumünster et Grossmünster encadrent le canal formé par la Limmat. Plus loin, voici l’Opernhaus. Nous nous perdons dans un joli centre, où tout paraît est très cher. La Spiegelgasse (« ruelle du miroir ») est celle du Cabaret Voltaire, lieu de naissance du mouvement Dada. On y exposait Modigliani, Kandinsky, Klee, Léger, Matisse ou Picasso, des œuvres futuristes, cubistes ou expressionnistes. « Dada nous l'avions déjà dans la peau, depuis toujours mais de façon bien différente. C'est bien Larousse en main que, dans un café de Zurich, le mot fut découvert et investi de tout son pouvoir. » écrira Marcel Janko (Dada, monographie d'un mouvement). C’est ainsi au Cabaret Voltaire qu’Hugo Ball fera la lecture du Manifeste DaDa, dans la rue où demeura Lénine pendant quelques mois (février 1916-avril 1917). Est-ce pour sa proximité intellectuelle avec le maître d’œuvre de la Révolution bolchévique de 1917 que ses membres ont subventionné l'entretien de la tombe de Bakounine dans le cimetière Bremgarten de Berne ? Havre de paix pour réfugiés, révoltés, intellectuels et artistes au cœur d’une Europe en guerre, la Suisse (et son voisin liechtensteinois) était déjà neutre ! C’est déjà reparti pour le prochain arrêt, situé sur les bords du lac de Constance : Bregenz. Les bords du lac accueillirent au cours des XIXème et XXème siècles certains peintres célèbres, dont Otto Dix, persécuté par le régime nazi, ou Adolf Dietrich, représentant de l’art naïf. Chaque été, les Bregenzer Festpiele mettent à l’honneur la plus grande scène en plein air du monde (7.000 spectateurs), une scène flottante sur un lac de Constance alimenté par le Rhin. Elle est superbe ! Dans les ruelles d’une ville, où nous dénichons un petit resto thaï, voici la maison la plus étroite d'Europe, large de seulement 57 centimètres. Le prochain bus descend vers le sud. Nous arrivons, en milieu d’après-midi, sur un parking que nous rallions par une A13 suisse qui longe la rive gauche du Rhin. Il fait face au tout petit stade national, certainement celui du FC Vaduz, un club de standing bien merdique, même pas fichu de se maintenir en « Super League » helvétique ! Nous voici, enfin, dans cette étrange principauté alpine, dont les sommets culminent à plus de 2.500 mètres (le mont Grauspitz par exemple).

Nous sommes frappés par le calme, la propreté, et des centres urbains (Vaduz, Schaan) si proches des zones de campagne. Nos deux prochains jours ressembleront à ceux d’un film popcorn de la collection Un jour une histoire, où l’héroïne d’une bouillante métropole, en pleine crise existentielle et au bord du burnout, débarque dans une minuscule monarchie constitutionnelle parlementaire… 160 km2, 39.000 habitants, et un prince (« Fürst ») à la tête de l’État, on est pile-poile dans le mille ! Il ne faut que quelques minutes pour traverser l’artère principale de la capitale, siège des institutions nationales (Gouvernement et Parlement). Celle-ci lèche le musée de la Poste ou l’unique cathédrale du pays (Saint-Florin), siège de l’archidiocèse de Vaduz, qui abrite la nécropole de la famille princière. Nous passons aussi devant le musée des Beaux-Arts du Liechtenstein (Kunstmuseum Liechtenstein), conçu par les architectes suisses Morger, Degelo et Kerez. Arts moderne et contemporain sont à l’honneur. Vaduz est riche comme jamais, par la grâce d’un puissant secteur financier, aussi discret qu’efficace. La ville, qui compte 6.000 habitants, serait le soixante-neuvième centre financier mondial… Avec un impôt maximal sur les sociétés très avantageux (18%, la moyenne européenne s'élevant environ à 30%) et autres facilités, 74.000 boîtes postales de multinationales s’y sont installées. Est-ce donc vraiment crédible de croire à la fin d’un paradis fiscal, comme le dit l’OCDE ??? La pluie s’invite dans la principauté. Rien de tel qu’un chocolat chaud, avant d’entamer une longue marche d’une bonne heure le long d’une nationale, qui relie Sevelen. Eh oui, ces prochaines nuits, nous logerons dans le canton de Saint-Gall par souci d’économie. Moins cher en Suisse, bigre ! Une petite chambre nous est réservée dans un chalet familial.

Matin et soir, avant ou après un passage chez Aldi à la recherche de bonnes affaires (!), nous traversons le « Vieux pont sur le Rhin Vaduz-Sevelen » (Alte Rheinbrücke Vaduz–Sevelen), un pont en bois couvert qui franchit le Rhin sur 135 mètres de long ; il est le dernier pont en bois qui subsiste sur le Rhin alpin. Le Liechtenstein ayant intégré l'espace douanier de la Suisse depuis 1923, aucun contrôle frontalier ne ralentit nos aventures. Le soleil est de sortie, c’est parti pour une longue balade en vélo électrique. La montée – via Schlossweg – vers Schloss Vaduz, résidence officielle de la Maison princière liechtensteinoise et située sur une terrasse rocheuse qui domine la capitale, est bien hard ! Les gueux n’ont pas les honneurs d’une visite. Si le donjon date du XIIème siècle, la famille Liechtenstein acquiert le château en 1712, lorsqu'elle acheta le comté de Vaduz. L’empereur romain germanique Charles VI unifia la seigneurie de Schellenberg et le comté de Vaduz pour former la principauté de Liechtenstein. Autour, des vignobles appartenant à la famille princière ont été plantés. Nous continuons vers les hauteurs du pays, vers Triesenberg. C’est dans cette localité de 5.000 habitants qu’est enterré Oskar Werner, l’acteur autrichien de Lola Montès (Ophüls), L’Espion qui venait du froid (Ritt), Jules et Jim et Fahrenheit 451 (Truffaut). La route est superbe et longe une forêt bien belle, que l’on croirait primaire. Avec plus de 40% du territoire national protégé, ça en jette ! Nous redescendons par de jolis villages en pierre jusqu’à Vaduz, avant de prendre la route des champs. De petites fermes caractérisent les paysages du sud, plus élevés (Oberland), mais aussi la plaine alluviale du Rhin au nord, moins élevée (Unterland). C’est un vrai bonheur que de rallier, depuis une « métropole » et en moins de cinq minutes, des pistes vertes qui longent de petits cours d’eau et s’en vont vers Schaan. Une fanfare a pris ses quartiers en plein air. Célèbrent-ils un mariage ? Je goûte des bières locales. Vins (parfois pétillants) et produits laitiers, maraîchages, le secteur de l’agriculture et de la sylviculture ne représente pourtant que 5% du PIB. Sur la route, nous sommes interloqués par le non-métissage de la population. Et pourtant, seuls deux tiers de la population sont d'origine liechtensteinoise. En réalité, 20% des résidents proviennent de pays germanophones (Suisse, Autriche, Allemagne). Viennent ensuite des Italiens, des ressortissants de l’ex-Yougoslavie, des Turcs et quelques Français. D’ailleurs, la langue de notre pays est la première langue étrangère de la principauté. Si nous croisons quelques Asiatiques, nous ne voyons aucun noir. S’agit-il d’un choix délibéré ? L’immigration étant hyper contrôlée et choisie, j’en suis persuadé. Nous voilà de retour à Vaduz. Des vieux se sont donnés rendez-vous dans un petit café. Parlent-ils l’allemand, langue officielle, l'alémanique supérieur, dialecte traditionnel de Triesenberg, ou le liechtensteinois, lequel rassemble deux dialectes (le haut alémanique et l'alémanique supérieur, walser) ? Dans les cafés, les francs suisses partent comme des petits pains (suisses).
Le lendemain, nous saignons le Liechtenstein Bus et le réseau routier si bien entretenu, qui assure la desserte de l'ensemble des communes du pays. Maghnia a ciblé un restaurant situé au bord du réservoir de Steg, un lac artificiel d’altitude (1.295 mètres). Alimenté par les ruisseaux Valünerbach et Malbunbach, son eau sera acheminée jusqu’à Vaduz pour y produire de l’électricité. Nous rêvons de käsknöpfle mit Apfelmus, ce typique plat de boulettes de fromage accompagné de sauce à la pomme. Avec le restaurant Seeblick, Maghnia a fait (comme toujours !) bonne pioche ! Bien fat, le plat national nous tiendra bien au corps. En bonus, le petit lac, refuge de truites brunes pour le plaisir des pêcheurs, est magnifique et la vue sur des sommets alpins enneigés grandiose ! Il est bientôt l’heure de quitter un pays que l’on croyait plus ouvert et progressiste. Ce n’est qu’au milieu des années 1980 que le droit de vote pour les femmes fut instauré, et l’avortement fut rejeté par une majorité d’électeurs en 2011… Enfin, à la suite d’une initiative populaire pour réduire les pouvoirs princiers, les citoyens de la principauté rejetèrent par référendum à 76,1% des voix la demande de réforme. Un prince qui conserve ainsi son droit de veto sur les décisions du peuple, c’est royal et magique ! Avant de faire le trajet retour, nous sommes passés une dernière fois chez Aldi, puis un supermarché local, pour faire le plein de fromages locaux et suisses. Ah, appenzeller, gruyère, vacherin frambourgeois, raclette, fromage fondu (schmelzkäse) et autres variétés des alpages de Suisse, je vous aime comme jamais ! Un jour, j’aurais peut-être goûté les huit-cents variétés de fromages (sans compter les fromages frais !), venus des différents cantons… Inch’allah ! Nous sommes déjà de retour sur les bords du lac de Constance pour avaler une sucrerie, car l’heure du goûter est sacrée ! Nous avons une histoire culinaire autrichienne en bouche. Maghnia commande une sachertorte, né à Vienne en 1832 dans la tête d’un apprenti pâtissier (Franz Sacher). Crème fouettée, glaçage au chocolat, couche de marmelade d’abricot, génoise au cacao, rien n’était trop beau et bon pour le prince de Metternich. Je choisis l’apfestrudel, intronisé au XVIIIème siècle par l’impératrice Marie-Thérèse. Le feuilleté, fourré de pommes, noix, raisins secs et parfumé de cannelle et poudre d’amande, conquit l’Europe centrale, puis les Juifs ashkénazes israéliens, argentins et états-uniens… Mazel tov ! La dernière ligne droite est presque là. En soirée, Zurich a l’air bien sympathique. Une bière sans alcool locale m’attire. C’est la révélation, une conversion ! Nous remontons dans un énième Flixbus direction la gare toujours aussi pourrie et crade de Bercy. Un week-end alpin ? Une idée princière !










































Commentaires