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La musique des Grands Lacs – Nord Ouest américain

  • Photo du rédacteur: CoolinClassic
    CoolinClassic
  • 16 mars 2025
  • 10 min de lecture

Juillet & Août 2024

C’est dans le Hertz de Buffalo que nous récupérons le monstre qu’est le SUV moteur V8, un Chevrolet Suburban. La star de la route, premier véhicule à se voir décerner une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, car ayant figuré dans près de deux mille films ou séries, nous permettra de faire la route de l’État de New-York aux plages de l’Oregon, 8.000 kilomètres plus à l’ouest. Nawell sera la première conductrice, suivie de Sarah. Cleveland, la ville de King LeBron, sera notre première étape. La ville est réputée pour son Rock and Roll All of Fame de l’architecte Ieoh Ming Pei, un énième « All of Fame » à l’américaine qui reçoit nombre de critiques. « We're not coming. We're not your monkey and so what ? » avait clashé les Sex Pistols. C’est d’ailleurs à Cleveland que le disc jockey Alan Freed utilise le premier le terme « rock and roll » sur la radio WJW en 1951. Derrière la « tâche de pisse » (toujours Johnnie Rotten), des dizaines de bikers se sont donnés rendez-vous devant le lac Érié. Ils font cracher les watts et les moteurs. Des Latinos ou des noirs, très peu mélangés, jouent au beach volley pendant que l’un d’entre eux s’occupe de balancer du gros hip-hop made in USA. C’est cliché… mais c’est bon ! Ces bikers, souriants et bienveillants, me rappellent que j’ai toujours trouvé les Américains très accessibles lors de mes nombreux voyages au pays. De nuit, nous cherchons en vain des traces de l’ancienne Standard Oil de Rockefeller. À une grosse heure de là, l’atmosphère de Berlin n’est pas vraiment la même. Nous sommes en pays amish, celui des calèches avec clignotants, des coiffes, des bretelles et vêtements austères, des bretzels, des retraites, écoles et services de santé autogérés, bref de ce groupe chrétien d’origine germanique dont la population double tous les vingt ans ! Si leur première règle semble suivie (« Tu ne te conformeras point à ce monde qui t’entoure »), les descendants de l’anabaptiste suisse Jakob Amman et d’une communauté alsacienne expulsée du royaume de France par Louis XIV, ont fait prospérer leur communauté, vendent leurs services et productions agricoles sans OGM, et refusent nullement l’argent du tourisme. Pas fous ces Amish ! Samuel Hensbbenger, mon nouvel amis(h), nous paye notre déjeuner chez Boyd and Wurthmann fait de mashed potatoes with gravy sauce, de pie ou de pain traditionnel. Maghnia touche un volant pour la première fois depuis deux ans, juste un peu stressée par ces entrées d’autoroutes bien courtes. Il s’agit de faire la route pour se rendre dans l’excellent Airbnb qu’elle a déniché et décoré de pièces de l’industrie automobile qui fit la gloire de Détroit et sa fameuse franchise NBA bien rugueuse (les Pistons d’Isaiah Thomas) ! Une sirène de police nous colle au cul, car Sarah ne s’est pas arrêtée où il faut. Le policier, plutôt compréhensif, semble parano. Son doigt est déjà sur la crosse de son revolver, la faute à cette société violente. On n’en mène pas large dans ce pays où les cops se prennent pour des cow-boys ! Pendant les 3h30 de route ralliant la MOtor TOWN, Maghnia et moi espérions tant écouter, des heures durant, ces artistes qui ont magnifié le son soul-funk (Gladys Knight, Jackson Five, Temptations, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Smokey Robinson, Diana Ross ou Lionel Ritchie)…  À tort. Le surnom de Hitsville U.S.A concernant Détroit est bien trouvé. Cet enfoiré de Berry Gordon (cf. Standing in the Shadows of Motown), en exploitant au max le son The Funk Brothers, a quand même fait un sacré bon boulot. Les visites sont complètes… En roulant sur 8 Miles, les enceintes Marshall (Mathers) de la Chevy crachent du Eminem, la base ! Dans la périphérie, Détroit ressemble bien à ces Shrinking Cities que l’on étudie avec nos élèves. Flint, documentée par le local Michael Moore dans Roger et moi, n’est pas très loin. La crise des subprimes a fait plonger la ville dans une profonde dépression, devenant l’une des plus criminogènes du pays. Détroit fut l’épicentre de l’industrie automobile, le siège de General Motors (Buick, Cadillac, Chevrolet, feu Pontiac et Oldsmobile) ou de Ford. Les 49.000 m² du musée de ce dernier valent bien le prix très élevé payé à l’entrée. Il célèbre le « génie » industriel de la chaîne d’assemblage d’Henry Ford, celui de l’Amérique des années 60, les diners de la Route 66 ou le culte de l’automobile. On y trouve le bus original de Rosa Parks, les voitures présidentielles dont la cariole Brougham de Teddy Roosevelt ou la dernière Lincoln utilisée par JFK à Dallas. Énorme ! Dans ses rapides notes, Maghnia écrit : « Je commande dans un drive for the frist time! AHHHH! » Le lendemain, après Corktown en voie de gentrification, direction Michigan Central qui vient de réouvrir après des travaux pharaoniques. Ford les a financés, pardi ! Dans un centre-ville assez agréable, des évangélistes noirs annoncent que Jésus est de leur couleur. Un groupe de blancs les interpellent pendant qu’un biker fait cracher le moteur de son énorme Harley. Sur Euclid Avenue, il est dur de trouver le Guardian Bank Building incroyablement décoré. Plus tard, nous testons les fameuses « mom’s spaghetti » de Lose Yourself ; 11$ sans les taxes, la pasta box de spaghetti aux « rabbit balls » à moitié remplie, il se touche Slim Shady !

Chicago, ton heure est venue. Sur la route, nous nous arrêtons devant la maison d’enfance de Michael Jackson. Charlotte est déjà jalouse ! Si la vue de la skyline ne répond pas à mon attente, notre programme de visite est intense. Les filles ne nous suivent pas dans nos interminables balades de plusieurs dizaines de kilomètres, qui vont d’un centre vertical aux banlieues pauvres et un peu craignos de South Chicago, celles des Polonais, des catholiques irlandais, aujourd’hui des noirs et des latinos. Nous tombons par hasard sur l’ancienne maison de Louis Armstrong lorsque le Hot Five jouait au Sunset Cafe, l’un des clubs de la Ceinture Noire de Chicago. L’église Ebenezer M.B. est l’endroit rêvé pour l’office du dimanche, car c’est en son sein que fut célébré le premier gospel choir en 1921. Ici chantèrent Mahalia Jackson ou Dinah Washington devant la figure de Thomas Andrew Dorsey, « Father of Gospel Music ». Remercions Maghnia pour sa trouvaille ! Jules a définitivement ramené la pluie à Paris. Il fait de plus en plus chaud lors de nos balades urbaines, qui nous conduisent des maisons d’Al Capone ou de Walt Disney au panneau de départ de la Route 66 ou à The Yards, les abattoirs de Chicago. J’avale un Chicago-style hot dog, le roi de l’Exposition Universelle de 1893… Tranches de tomate, sel de céleri et condiments (mustard, rondelle de cornichon, piment mariné et relish vert) relèvent la saucisse de Francfort pur bœuf cuite à la vapeur est servie dans un bun aux graines de pavot. Un délice jamais accompagné de ketchup ! La porte monumentale mentionnant « Union Stock Yard Gate » indique le début d’un territoire qui permit à la ville de s'imposer comme la plaque tournante du négoce de bétail, provenant des Grandes Plaines, du Kansas, Texas ou Missouri. À leur apogée, le complexe de 3 km², 80 km de routes et 210 km de voies ferrées, était capable d’abattre un milliard de têtes de bétail en six ans, de traiter 14 millions d’animaux annuellement, et faisait travailler 40.000 personnes… Monstrueux ! Dans La Jungle, équivalent américain à Germinal, Upton Sinclair dépeint, dès 1905 et admirablement bien, l'exploitation des immigrés lituaniens ou allemands. En hommage à Sinclair, à Hergé qui dessine les abattoirs dans Tintin en Amérique, ou plus vraisemblablement à Michael Jordan, Maghnia recherche désespérément le célèbre maillot numéro 23 des Chicago Bulls. C’était l’époque des Kukoc, Rodman, Pippen, de Magic ou de la Dream Team ! Dans la périphérie chic, écureuils et lapins se baladent tranquillement. Nous chassons les maisons de Frank Llyod Wright (notamment Robie House), protagoniste du style Prairie, concepteur des maisons usoniennes (habitations individuelles abordables en grande série) en harmonie avec leur environnement. Le fondateur de l’architecture contemporaine en quelque sorte ! Le maître fut d’ailleurs reconnu plus grand architecte américain de l’histoire par l’Institut des architectes américains. Les vertes pelouses d’Oak Park accueillent ou ont accueilli de nombreux artistes de premiers plans tels J. Sturges, Rice Burroughs, Avildsen, le fondateur de Mac Donald’s ou ce connard de Sam Giancana. Nous sommes ici pour visiter la maison de famille d’Hemingway, chantre de la Génération perdue avec Scott Fitzgerald ou Steinbeck ; son Vieil homme et la mer me déçoit. C’est le jour de son anniversaire, un beau hasard ! Si Maghnia se reconnaît dans « There is no friend as loyal as a book », je préfère son « Write drunk, edit sober ! »

Chicago regorge encore de trésors, de ses fameux buildings (le Home Insurance ou la Willis Tower) au lac Michigan ou à cet ancien speakeasy du temps de la Prohibition. Les Intouchables, c’était ici ! Après ses hot-dogs, il faudra tester la fameuse Deep-dip pizza locale qui ressemble plus à une quiche qu’à une pizza napolitaine. C’est soir de match à Wrigley Field, l’antre des Cubs. Pour une fois, notre ligne de métro, qui nous ramène chez notre marchand de sommeil, ne ressemble pas à un repaire de shootés ou de marginaux. Dans le quartier de Hyde Park, enclave blanche et huppée au milieu du ghetto latino-noir, une université privée a formé la grande école de sociologie (H. Becker, E. Goffman,) ou certains des plus brillants intellectuels de notre époque (98 Nobel, 9 médaillés Fields ou 24 Pullitzer) dont H. Arendt ou P. Ricoeur, les artistes P. Roth, N. Ray ou M. Nichols, les politiciens Sanders et Obama. Une ridicule plaque commémore même le premier baiser de l’ancien couple présidentiel. L’université est enfin le berceau du courant économique libéral et monétariste du laissez-faire et du libre marché, celui des Friedman, Stiegler ou Hayek, qui imposa les politiques ultralibérales des années 1980. Demandez donc à Thatcher ou Reagan, aux « Chicago Boys » chiliens des années 1970, soutiens de Pinochet, d’où viennent leurs idées merdiques et criminelles ? Au sortir de mon bac SES et de mes études de sociologie, j’avais déjà compris qu’il fallait davantage opter pour le keynésianisme, partisan du rôle de l’État pour pallier les absurdités du marché. Me voici sur l’un des nombreux lieux de pèlerinage pop culture qui jalonnent notre voyage. Chess Records, est le label historique du blues, rock'n'roll et rhythm and blues, celui des Howlin’ Wolf, Chuck Berry, John Lee Hooker, Buddy Guy, Etta James, Sonny Boy Williamson II, Albert King et bien d’autres. C’est ici que Muddy Waters enregistra son Rollin’ Stones Blues choisi comme nom par le plus grand groupe de l’histoire du rock… Tout simplement légendaire… Merci donc à toi papa de m’avoir ouvert les portes du paradis blues ! À deux pas de Cloud Gate (« The Bean ») d’Anish Kapoor, la scène du théâtre Harris du Millennium Park accueille gratuitement The Arab Blues et surtout Rakesh Chaurasia (au bansurî) et Zakir Hussain (au tablâs). C’est une chance unique que de voir performer le compagnon de route de Shakti ! Leur maîtrise instrumentale est immense. Ce mardi, c’est breakfast dans le quartier portoricain avant la chasse aux murals « Grettings from Chicago » et Vivian Maier du brésilien Kobra.

Maghnia a pris confiance et nous conduit jusqu'à Milwaukee ; après un petit-déjeuner à Wineka, nous rejouons une scène de Home Alone devant la maison de Kevin Mac Allister : « Passe à Kevin ! Passe à Kevin ! Passe à Kevin ! Kevin n’est pas là ! Kevin n’est pas là ! Kevin n’est pas làààà ???!!! » À Piggle Wiggly, on achète les fameuses soupes Campbell popularisées par Warhol dans ses œuvres pop art. Voici la belle maison de naissance d'Orson Welles… encore un génie, what the fuck ! Le musée de « l’holocauste afro-américain », bien révisionniste, est partenaire des établissements scolaires. Quelle histoire doivent-ils leur conter ?! Bienvenue dans un pays où chacun peut raconter n’importe quoi, n’importe où et à n’importe ! Nous voilà arrivés dans un lieu de pèlerinage dans un pays où Harley-Davidson est un mythe. Le siège de Milwaukee est immense, les motos superbes, la ville sans aucun intérêt si ce n’est de récupérer un smors gratos dans un petit festival qui fait la part belle aux objets bobo hors de prix. Sur la route de La Crosse, Madison est un hommage au « Dairy State » qu’est le Wisconsin. Les fromages à pâtes dures ont du caractère. Bien plus que les cheese curds goûtés chez The Old Fashioned ! Il est déjà temps d’accélérer le pas pour éviter notre première amende… Ce sera à nouveau le cas à Rapid City. Merci qui ? Eh oui, ici les policiers dégainent le stylo bien vite ! À Walmart, la section armes à feux est immense, des arbalètes à la Walking Dead aux fusils (seulement ?) de chasse… C’est effrayant ! Notre logement est situé dans la campagne profonde, à l’arrière d’une ferme. Deux balades nous permettent de voir le spectacle incroyable de nombreuses biches. Jamais, je n’en avais vu autant ! Let’s go to Minneapolis ! Maghnia se dit qu’un harmonica, après l’ukulélé pour la Polynésie, est incontournable pour se mettre dans la peau de Tom Sawyer. Dans les Aventures de Huckleberry Finn, roman picaresque, Mark Twain dépeint avec brio l’errance de plus de 1.200 kilomètres sur un radeau, du garnement descendant le Mississippi ; c’est, en effet, l’heure d’une balade sur un bateau à aube. Tout le monde chante « Tom Sawyer, c’est l’Amérique, le symbole de la liberté / Il est né sur les bords du fleuve Mississipi / Tom Sawyer c’est pour nous tous un ami. » Par la faute d’un timing « mal maîtrisé », notre déjeuner face au fleuve mythique est annulé au profit d’une vue bien merdique sur Sugar Loaf, mais surtout au bord d’une nationale. J’enrage ! Sur la route du Mall of America, le centre commercial XXXXXL, Pepin est connue pour être l’endroit de naissance de Laura Ingalls Wilder, l’autrice de La petite maison dans la prairie. Le mall est gigantesque, présente le costume de Forrest Gump devant un Bubba Gump Shrimp Co., ou abrite un parc d’attraction avec des montagnes russes. Non, nous ne rêvons pas ! C’est peut-être le seul endroit fun d’une ville ennuyante au possible, qui accueille – non loin de notre logement qui affiche fièrement ses orientations progressistes – une grosse communauté somalienne. Les œuvres de Kobra (Prince et Bob Dylan) qui glorifient les géniaux musiciens derrière nous, il ne reste que peu à faire ! Dans la Chevy, The Rainbow Children, le fabuleux album-concept jazz fusion de Prince ou l’incroyable Live 66 de Dylan ne font pas recette. Point d’albums de Dylan ou Prince à Minneapolis ? Le jour même du quarantième anniversaire de la sortie de Purple Rain ?!! So weird ! Maghnia et moi découvrons, avec curiosité, le musée de la farine situé dans l’ancien Grand Moulin, lieu d’une catastrophe qui fit dix-huit morts (en 1878). Avant de partir vers les Grandes Plaines et l’Ouest sauvage, Maghnia se dégotte des habits de cow-girl. Sur la route, nous entrons dans le « Free State of George Floyd » situé à l’emplacement exact du meurtre. Le mémorial, le square communautaire ou la liste longue comme le bras de citoyens assassinés par des policiers, c’est un choc pour nous tous ! C’est d’ailleurs le début de la traversée de l’Amérique non progressiste…


 
 
 

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